« 2 janvier 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 1], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2228, page consultée le 12 août 2026.
Guernesey, 2 janvier [18]73, jeudi matin, [illis.] h. ¾
Tu as encore mal dormi cette nuit, mon pauvre bien-aimé. Cette pensée et la crainte
que tu ne te fasses mal en restant longtemps dans l’humidité comme tu viens encore
de
le faire par bonté pour moi me gâte le bonheur que j’ai à te voir tous les matins.
De
plus il m’est venu un souci tout à l’heure. À force de lire et de relire ton adorable
petite lettre et de la répéter par cœur, il m’a semblé que j’en avais passé quelques
mots hier en la copiant et pourtant [illis.] me parait impossible et n’être qu’une
lacune de mémoire de mes yeux. Cependant dans le cas où ce malheur me serait arrivé,
à
force de m’absorber en toi, je veux recommencer la copie de ton texte sacré qui est
aussi le mien.
« Dieu faites-nous vivre ensemble à jamais. Exaucez-le en moi,
exaucez-moi en lui. Faites qu’il ne manque à aucun jour de ma vie et à aucun instant
de mon éternité. Faites que je sois à jamais, dans cette vie et dans l’autre, utile
et
aimée, utile au bien-aimé, aimée par lui. Sauvez-nous, Transfigurez-nous,
unissez-nous ! »
Ces soixante mots de notre prière mutuelle sont enregistrés au
ciel où nos deux âmes la retrouveront et la [liront ?] pendant toute
l’éternité. C’est pour cela qu’il ne faut pas plus de lacune sur le papier que dans
notre mémoire et que dans nos cœurs tout le temps que nous serons sur la terre. Je
t’adore, je te bénis ! Je sais gré à cette redoutée année1, de t’avoir fait hier une avance obligeante en te
prévenant du mauvais état de ton toit. J’espère qu’elle ne s’en tiendra pas là et
que
sa bonne grâce et sa sollicitude pour toi se montreront jour par jour dans les grandes
comme dans les petites occasions. Je lui serais particulièrement reconnaissante si
elle voulait bien t’apporter aujourd’hui de bonnes nouvelles directes de Môsieu le
Petit Georges et de Mamzelle la Petite Jeanne. Mais où je la bénirais dans les
siècles des siècles, cette bonne année qui fait peur, c’est si elle te rendait toute
ta chère famille dans les conditions où tu la désires pour leur bonheur et pour le
tien. Je la prierai tant qu’il faudra bien qu’elle m’accorde ce que je lui demande
pour toi et pour moi. En attendant je lui souris avec confiance et je t’adore devant
Dieu.
1 On ne sait ce que Juliette redoute (le chiffre 13, peut-être), mais son intuition est juste : François-Victor Hugo n’a plus tout à fait un an à vivre.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
